USAGES DE L’ANONYMAT

Comme nous venons de le voir à plusieurs reprises, les usages de l’anonymat sont multiples et répondent à des besoins souvent bien différents. Néanmoins, ces besoins peuvent être classés selon deux grandes catégories, le côté clair et le côté obscur.

Le côté clair pouvant lui-même être sous-divisé en clair sérieux et en clair ludique. Le clair ludique ne porte jamais à conséquence, son meilleur exemple en est les bals masqués des cours royales, il regroupe toutes formes de déguisements aux seules fins de distraction.

 Le clair sérieux, souvent grave, regroupe toutes formes d’anonymat dont le but ultime est la protection du ou des individus. L’anonymat peut ici avoir trait à des questions de vie ou de mort dans les cas les plus sensibles.

Tout individu ou organisation évoluant dans un milieu hostile doit impérativement préserver son identité, et toute forme d’information qui permettrait de remonter à la source, quelle qu’elle soit, nom, adresse, famille, religion, idées politiques… doit être très sérieusement dissimulée. Les récentes révolutions arabes ont été, et sont encore aujourd’hui, le parfait exemple de cette situation.

C’est ainsi qu’Anonymous, au travers des différentes opérations que le collectif a menées, a pu venir en aide aux rebelles afin de les aider à dissimuler leurs identités pour diffuser à moindres risques informations, photos et vidéos au monde entier, permettant ainsi d’apporter la contradiction par la preuve irréfutable, aux discours et informations ciblés des régimes totalitaires au pouvoir dans cette partie du monde.

Les anons accompagnèrent notamment les peuples arabes en leur diffusant leur culture de l’anonymat sur internet, les outils à utiliser, proxy, Tor et l’ensemble des réflexes à acquérir et à mettre en œuvre afin de disposer d’un minimum de protection sur le réseau.

La communication est désormais une arme à part entière, la manière dont de nombreux régimes cherchent à la maîtriser, à la museler prouve à quel point l’arme est puissante.

 La traque est donc violente, il s’agit d’une priorité absolue pour les Etats totalitaires.

Il s’agit là de la partie technique, mais derrière les outils il y a les hommes, et ce sont eux qui sont surveillés, traqués puis arrêtés si leur anonymat n’est pas préservé. Il s’ensuit alors dans le meilleur des cas des menaces, directes ou indirectes, envers la famille qui amèneront le résistant à mettre fin, du moins provisoirement, à ses activités d’opposition au régime.

Souvenons-nous des prisonniers politiques et autres goulags pour nous rappeler à quel point la liberté d’être, de dire et de faire est précieuse, et bien plus rare qu’on ne le pense.

La liberté d’agir et de penser ne peuvent s’épanouir que dans des environnements démocratiques et tolérants.

Nombreux sont ceux qui souhaitent limiter nos marges de manœuvre aux seules fins de pouvoir et de bas profit.

L’anonymat est ainsi dans de nombreuses situations la seule alternative pour mener à bien des actions politiques, des actions de résistance, de diffusion d’information, ou plus simplement pour exister, si tant est que notre mode de vie ou de pensée ne soit pas toléré par le régime en place.

A l’opposé de cette face noble de l’anonymat, il existe malheureusement des aspects bien plus sombres et répréhensibles. L’anonymat est véritablement une arme à double tranchant. Son côté obscur est le fruit des défauts les plus abjects que puisse porter l’être humain. La lâcheté, la dénonciation, les activités malfaisantes en groupe caché, sont parmi les défauts les plus méprisables, et les hontes les plus lourdes que nous ayons collectivement à porter. Il n’est point besoin de remonter trop loin dans notre histoire pour trouver des exemples de ces horreurs.

Le KKK (Ku Klux Klan) compterait encore aujourd’hui entre 5000 et 8000 membres ! Le Klan a toujours agi masqué. Il s’agit d’une organisation de l’extrême droite américaine qui prône la suprématie de la race blanche sur toutes les autres. Elle rejette et combat tout ce qui n’est pas conservateur, xénophobe et hétérosexuel !

Le KKK fut créé en 1865, suite à la défaite des troupes confédérées sudistes. Il disparut et réapparut à plusieurs reprises, sous forme clandestine et parfois légale.

Il s’apparente aujourd’hui aux groupuscules néo-nazis ou aux milices privées de défense des "bons" citoyens de la nation blanche américaine.

Il y a quelques dizaines d’années, leurs actions masquées et anonymes firent régner la terreur au sein des populations noires des états du sud. Nombre de leurs membres ont eu du sang sur les mains dans ces périodes sombres de l’histoire des États-Unis.

Plus près de nous, en France, la seconde guerre mondiale a porté son lot d’horreurs et d’infamies.

Lettres anonymes, dénonciations contribuèrent grandement à la chasse aux Juifs, à leur déportation et leur extermination. D’autres ont aussi subi ce même triste sort : homosexuels, communistes, gitans, handicapés…

Quoi de plus facile mais de plus lâche que de rédiger une lettre anonyme visant à dénoncer son voisin, son employeur, ou n’importe quelle autre connaissance à qui l’on veut du mal ?

Tous les prétextes étaient bons : jalousie, racisme, peur ou haine du prochain…

Les vérifications étaient tellement succinctes que toute dénonciation était quasiment sûre d’aboutir et d’être suivie d’effets.

Rappelons-nous des douloureuses rafles dont celle du Vel’ d’Hiv’ à Paris…

Le comble de l’horreur est que ces actes anonymes furent le plus souvent le fait de "bons" citoyens français…

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