ZOOM – GUY FAWKES : Origines

Guy Fawkes… Qui avait entendu ce nom imprononçable il n’y a encore que quelques années, voire quelques mois pour le commun des mortels ? Son visage, du moins le masque qui le représente, est aujourd’hui bien plus connu que l’homme et son histoire singulière.

Guy Fawkes est arrivé jusqu’à nous par étapes successives :

la première de ces étapes est le masque porté par « V », le héros de « V pour Vendetta » (comic d’Alan Moore et David Lloyd); la seconde, celle qui nous intéresse plus directement, est ce même masque devenu à présent la figure emblématique d’Anonymous. Si Guy Fawkes avait pu savoir que son image deviendrait un symbole de la lutte pour les libertés quatre siècles après sa mort, il en serait certainement le premier étonné !

Mais alors, comment ce personnage énigmatique est-il arrivé jusqu’à nous ? 

Guy Fawkes était un sujet de Sa Gracieuse Majesté au tout début du XVIIe siècle. A cette époque, ses actes étaient loin d’être héroïques. Bien au contraire, c’est en tant que traître de la Couronne d’Angleterre qu’il fut jugé et condamné. Encore aujourd’hui, sa traîtrise, ou du moins l’échec de ses actions « terroristes », est célébrée chaque année Outre-Manche. Mais certains finissent par interpréter différemment l’évènement et par reconnaître en cet homme un combattant historique pour la liberté, le droit à la différence et la reconnaissance des minorités.

Guy Fawkes est né à Stonegate, dans le comté de York, vraisemblablement le 13 avril 1570.

Son prénom était fort peu répandu en Angleterre, il pouvait même paraitre original pour l’époque. Second d’une famille de quatre enfants, il perdit son père à l’âge de huit ans, après quoi sa mère épousa un « dissident » catholique, insoumis aux règles en vigueur émanant de l’Eglise anglicane, la seule véritable « Eglise d’Angleterre » à l’époque. Elle ne fit d’ailleurs que suivre la sensibilité catholique de l’ensemble de sa famille.

A cette époque, sous le règne d’Elisabeth 1ère, il était fort mal vu de ne pas se prêter aux activités religieuses de l’Eglise anglicane. Cette prise de position était passible d’emprisonnement et de confiscations de biens. Cet acharnement religieux et intolérant, notamment à l’encontre des catholiques, ne cessera réellement qu’au XIXe siècle, et beaucoup payèrent de leur vie leurs écarts de croyance.

« Aime ton prochain comme toi-même » n’était clairement pas le dogme de l’Eglise anglicane !

Fawkes se convertit tout logiquement au catholicisme, et quitta le royaume pour combattre les Néerlandais aux côtés des catholiques espagnols durant la guerre dite de « dix-huit ans ». Ce conflit fut à l’origine de l’indépendance des Pays-Bas. Durant cette période de guerre, le mercenaire Fawkes latinisa son nom en Guido Falxius. Il reçut ses galons d’officier lors du siège de Calais en 1596, puis partit en 1603 pour l’Espagne afin de chercher appui et soutien dans les préparations d’une rébellion catholique en Angleterre.

A son retour en 1604, Fawkes retrouve un petit groupe de catholiques anglais, dont son frère Christopher et quelques anciens étudiants qu’il avait côtoyés quelques années auparavant.

Dès le début de 1604, il commença à rallier d’autres catholiques à sa cause, dont Guy Fawkes.

Le groupe prépara ainsi la « conspiration des poudres », nom donné à l’opération planifiée pour le 5 novembre 1605. Malheureusement, le soir du 26 octobre, une lettre anonyme, sans doute écrite par l’un des conspirateurs dans le but d’épargner des vies innocentes et des défenseurs de la cause catholique, informa indirectement les autorités du projet de Catesby et de ses complices. L’existence de cette lettre fait cependant débat, elle aurait pu être fabriquée de toute pièce par les autorités. Ainsi, aux premières heures de ce 5 novembre, une perquisition au Parlement permit de mettre la main sur Fawkes qui gardait seul les trente-six barils de poudre stockés dans une cave de l’édifice. C’est ainsi qu’il vola, bien malgré lui, la « vedette » à Catesby qui était pourtant le leader du complot. A l’annonce de son arrestation, le reste de l’équipe quitta Londres précipitamment. Ils finirent néanmoins par être tous retrouvés, emprisonnés et torturés.

Dès le soir de l’échec de l’attentat, le Roi fit allumer des feux de joie pour conforter son autorité. Il signifia ainsi son pouvoir à ses opposants et sa détermination à éradiquer toute forme de traîtrise et de rébellion.

Le procès des huit survivants démarra le 27 janvier. Le 30, Fawkes et ses comparses furent exécutés, pendus et écartelés dans les jardins de la cathédrale Saint-Paul.

Les autorités espéraient ainsi envoyer un message fort et un avertissement afin de terroriser les opposants catholiques en mal d’action et de reconnaissance.

Catesby, quant à lui, fût assassiné, et sa tête exposée à l’extérieur du Parlement en guise d’avertissement.

Ainsi, ce « non évènement », connu depuis sous le nom de « nuit des feux de joies » (bonfire night) a marqué l’histoire britannique.

Encore de nos jours, chaque nuit du 4 au 5 novembre, des feux d’artifice sont tirés pour célébrer l’échec de la « conspiration des poudres ». Le complot de Catesby a traumatisé la Royauté, à tel point qu’aujourd’hui encore, lorsque chaque année la Reine rejoint le Palais de Westminster, des gardes sont envoyés pour inspecter les sous-sols du bâtiment avant son arrivée !

L’héritage que Guy Fawkes nous a laissé est surprenant. Son premier lègue est son prénom qui, au fil des ans, s’est transformé en nom commun dans la langue de Shakespeare.

Aujourd’hui, le terme anglais « guy » signifie une personne, un homme… un peu l’équivalent de notre « gars » français. John Lennon l’a d’ailleurs immortalisé dans sa chanson « jealous guy », tout comme Elton John avec sa « song for guy ».

Ainsi, chaque 5 novembre, lorsque les enfants britanniques parcourent les rues et interpellent les passants pour quémander quelques menues monnaies, ils réclament « a penny for the guy » afin d’acheter des feux d’artifice pour la fête. L’évènement a depuis traversé les océans pour être également célébré dans les anciennes colonies britanniques.

Souviens-toi, souviens-toi de ce 5 novembre…

Guy Fawkes resurgit dans notre monde moderne pour la première fois en 1982, sous les traits de « V », le personnage de la bande dessinée « V pour Vendetta », d’Alan Moore et de David Lloyd.

V est un anarchiste dans un futur dévasté par une guerre mondiale (le futur n’en est plus un aujourd’hui, c’était en 1997…) ; son histoire s’apparente à celle de Guy Fawkes dont il est un fervent admirateur. Il partage ses idées et son combat politique, ses valeurs et son engagement quel qu’en soit le prix à payer. Comme lui, il projette de mettre à terre le système politique fasciste en place ; comme lui, il projette de détruire le Palais de Westminster. Il fait de l’anarchie un rempart contre l’autorité et une clé de la libération du peuple sous le joug totalitaire. V reprend les traits de Fawkes dont il porte le masque.

 

 

David Lloyd écrivit à ce propos lors de la préparation du comic : « Pourquoi ne pas le présenter (V) tel un Guy Fawkes ressuscité, affublé d’un masque en papier mâché, d’une cape et d’un chapeau pointu ? Il aurait l’air vraiment singulier et donnerait l’image que Guy Fawkes aurait mérité d’avoir depuis toutes ces années. Nous ne devrions pas brûler l’effigie de Fawkes chaque 5 novembre, mais plutôt célébrer sa tentative avortée de faire sauter le Parlement ! ».

Et Alan Moore d’ajouter : « Soudain, mes idées confuses prirent forme, comme unies derrière la seule image du masque de Guy Fawkes ».

 Dix albums seront écrits de 1982 à 1989.

 

La suite de l’histoire vous la connaissez, les anons se sont appropriés le masque de Guy Fawkes, initialement pour protéger leur identité lors du projet Chanology, mené contre l’église de scientologie en 2008.

Certains leurs reprochent d’ailleurs d’alimenter les caisses de Time Warner en achetant ce masque, ce qui va bien sûr à l’encontre de leur combat contre les Majors ! D’autant que le masque de Fawkes est le plus vendu sur Amazon.com, plusieurs centaines de milliers chaque année dit-on !

Guy Fawkes est ainsi devenu aujourd’hui un symbole de la lutte pour la liberté, une « marque de fabrique » d’Anonymous que chacun ne peut ignorer.

C’est sans doute là la plus belle action posthume du désormais célèbre conspirateur anglais !

Une réflexion au sujet de « ZOOM – GUY FAWKES : Origines »

  1. Ping : Joyeux Anniversaire VoX ! |

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