#OpMexico

Image4Le Mexique, une démocratie ? Rien n’est moins sûr !

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C’est au cri de « suffrage effectif » que Francisco Madero a été élu en 1911 dans ce qui s’est le plus rapproché d’élections propres dans l’histoire du Mexique. Mais depuis, la fraude s’est institutionnalisée…

Dès 1913, ce pays est retombé dans la guerre civile, Zapata, Villa, Flores Magon, tous les grands héros sont morts, vaincus, mais leurs idées sont maintenues dans la constitution de 1917, écrite par leurs assassins issus de la grande bourgeoisie. Mais la particularité de cette révolution est que leurs assassins ont été assassinés, puis encore assassinés, jusqu’à ce que l’on ne puisse plus vraiment savoir qui était avec qui, si bien que tout le monde se revendiquait de la révolution populaire.

Les vainqueurs, ceux qui instituèrent un parti unique sur le modèle bolchevik, se sont appropriés les héros de la révolution. Ainsi est né l’ancêtre du Partido Revolucionario Institucional (PRI). Le principe était de stabiliser le pays, le parti unique décidant par des luttes d’influences politiques internes qui serait le président, un peu sous le modèle soviétique ou chinois actuel.

Cela a marché pendant plus de 70 ans (record mondial des temps modernes), dans ce que certains ont appelé la « dictature parfaite  ». Un soupçon de social, un pragmatisme à toute épreuve, aucune idéologie dominante à part le maintien au pouvoir de ce parti tout puissant.

Petit à petit, le PRI a détricoté tous les héritages de la révolution, jusqu’à l’année fatidique : 1988. A cette date, à coup d’assassinats politiques et de fraudes massives et grossières, le candidat du PRI, Salina de Gortari, l’a emporté, appuyé par le Partido de Acción Nacional (PAN – ultra libéral et ultra religieux) qui valide la fraude en échange d’avantages électoraux locaux, face à un candidat indépendant de la gauche, Cárdenas. Après de grandes manifestations, la gauche s’avoue vaincue mais obtient le droit de fonder un parti politique, le Partido Revolucionario Democrático (PRD – centre gauche) mais la dernière conquête de la révolution est liquidée, le droit à la terre. C’est en 2000 que pour la première fois le PRI ne gagne pas les élections. Vincente Fox du PAN l’emporte. Mais en 2006, le candidat du PRD est devant jusqu’à ce que le PAN n’en décide autrement. La fraude est organisée sur le modèle Priiste et, malgré un recompte partiel et des contestations immenses, le PAN s’auto-proclame gagnant avec la bénédiction du PRI. L’impression est donnée que le PRD n’a pas le droit de gagner et qu’en lieu et place d’un système autoritaire à un parti, le Mexique devient un système autoritaire à deux partis, alliés.  Image6

Mais deux nouveautés sont notables.

La première est un mouvement estudiantin organisé pour la première fois depuis le massacre de Tlatelolco en 1968, c’est le mouvement #YoSoy132 qui se veut « ni de droite ni de gauche » mais qui clame haut et fort son nationalisme et pêche parfois par excès d’autorité face à la contradiction. Ce qui fait planer une ombre autoritaire et droitiste, voir PANiste sur ce mouvement débuté avec beaucoup de bonnes intentions (nous pouvons facilement y voir l’influence ultra nationaliste du PAN qui gangrène la société mexicaine. Voir la fin de l’article).

La seconde est l’activisme sur internet. Que ce soit http://yosoyantifraude.org où est organisé un recomptage citoyen à partir des bulletins de vote qui ont réussi à être photographiés et récupérés, ou bien avec Anonymous et Lulzsec qui tentent d’informer les Mexicains, de réunir des preuves de corruption des organismes « démocratiques » mexicains et des acteurs de la vie politique, et organisent quelques attaques DDOS sur des sites participant à la fraude.

Le 7 juillet, il y a eu beaucoup de monde dans les rues, mais tout le monde est rentré chez soi bien sagement, se promettant de revenir le samedi suivant. AMLO a annoncé qu’il déciderait de la suite des évènements ce jeudi 12 juillet. Les étudiants de YoSoy132 parlent de révolution, mais en fait, ce ne sont que manifestations citadines. Seules les classes moyennes supérieures se sont mobilisées. Les pauvres ne sont probablement pas encore au courant, et pour cause. Toutes les télévisions gratuites appartiennent au PRI (ou l’inverse, ça se discute), une grande majorité de personnes n’a pas internet et donc pour une grande majorité de Mexicains, Enrique Pena Nieto, du PRI est leur nouveau président, et résignés ils repartent vivre et essayer de ne pas prendre une balle perdue…

L’épreuve de force se situe donc entre les militants de gauche, les militants pacifistes et les étudiants, contre la machine du PRI, la police corrompue, les institutions « démocratiques », l’Église  « modérée » (PRI). Déjà le recomptage organisé par les institutions a montré des « erreurs humaines » et deux députés du PRI ont été remplacés par deux du PRD. C’est une victoire pour la contestation qui s’ajoute à l’ampleur de la mobilisation. Mais le PRI est un parti expérimenté qui sait perdre des batailles pour gagner la guerre… L’optimisme n’est pas de rigueur, mais comme a dit AMLO dans son livre Revolución Conciencia, si l’on ne gagne pas en 2012 ce sera en 2018. La lutte pour la démocratie est longue et difficile, et même si le PRI reste vainqueur cette fois-ci, 2018 marquera probablement un tournant… du moins les forces démocratiques l’espèrent… Image7

 

Cependant, tout aurait pu être pire. Le PAN représente les intérêts fascistes du Mexique.

Grand capital (ils sont les auteurs de lois d’exception permettant une meilleure exploitation des travailleurs, ont permis le retour des magasins obligatoires, plus chers), Église  intégriste9 (par exemple la criminalisation de l’avortement, des femmes violées ont écopé de 18 ans de prison parce qu’elles ont avorté), milices d’extrême droite (comme los Matazetas qui séquestrent et terrorisent les populations et trafiquent de la drogue au nom de la lutte contre les cartels), société secrète franquiste (El Yunque10 qui veut établir un état militarisé et autoritaire, ce qui est la vraie raison de la guerre contre les cartels) et surtout l’armée, dont les généraux ont gagné beaucoup de pouvoirs grâce à la guerre contre les cartels.

Et le PAN aurait pu gagner les élections et instaurer son hégémonie pour longtemps. Ils ont perdu, mais ne sont pas du genre à abandonner si vite, il faudra compter sur eux en 2018 et espérer qu’ils perdent. Le monde n’a pas besoin d’un nouveau régime fasciste ni d’une dictature militaire. Le peuple mexicain a assez souffert.

La situation n’est pas très réjouissante, mais il faut continuer d’espérer pour eux. La société civile s’éveille de plus en plus et les prochains jours, sinon les prochaines années seront décisives…

Image8(Les nombreuses notes et références de cet article sont disponibles dans la version pdf du mag : https://voxlemag.files.wordpress.com/2012/09/vox3l1.pdf)

 

 

Une réflexion au sujet de « #OpMexico »

  1. Ping : Joyeux Anniversaire VoX ! |

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