Le capitalisme

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Capitalisme (selon les auteurs, dans les netocrates 2)  : introduit concomitamment à l’imprimerie, paradigme social ayant connu une extraordinaire percée grâce à une communication unilatérale efficace vers une audience de masse créée par ce nouveau média. le concept recouvre bien plus que ce à quoi font habituellement référence les termes économie de marché, économisme…

note : Bien que cette période soit actuelle, nous avons choisi de parler au passé, comme les auteurs.

La constante fictive

La constante fictive était donc devenue l’Homme. Mais l’homme n’était pas homme à sa naissance, il lui fallait un long parcours pour advenir à cet idéal : une éducation, des formations, de grands efforts. Et c’est donc l’Etat qui a pris en charge les nécessités de cette fiction en créant les écoles, les hôpitaux, les prisons… La fiction Homme entraînait donc une nécessaire réalisation de soi où chacun était encouragé à devenir sa propre police morale.

Comme la constante fictive de l’âge féodal, l’Humanisme se présenta comme une vérité universelle. L’Homme était devenu aussi sacré que Dieu, mais encore fallait-il qu’il le devienne, Homme : le citoyen parfait, selon cette fiction Homme, était donc un obsédé de la vie correcte, vécue en accord avec le conseil d’experts ; le citoyen parfait était un individu capable de produire efficacement et de consommer insatiablement pendant les loisirs. Ainsi, il entretenait le système capitaliste dont la valeur centrale était l’argent.

Les experts devinrent les prêtres de la religion de l’Homme, les statistiques le langage de l’oracle du capitalisme (les statistiques servant aussi les médias pour fabriquer de l’opinion) ; cette nouvelle religion se basait sur la rationalité. La mesure de la croissance économique quant à elle, servit a quantifier le niveau de la civilisation.

Les structures de pouvoir

Au zénith de la hiérarchie capitaliste, il y avait la représentation de l’Homme (qui remplace le monarque, le représentant de la fiction religieuse) : l’Etat, le parlement.
Si le monarque était à l’époque féodale un individu faiseur de lois représentant une fiction collective, le parlement quant à lui était un collectif faiseur de lois représentant une fiction individuelle. Les auteurs à ce sujet, parlent d’étatisme, qui est une croyance fondamentale dans le projet Homme et dans la tâche historique de son accomplissement par l’État. Cet étatisme était une idée de la politique fondamentale à la bourgeoisie : qu’importe les partis, tous voulaient un État fort, aucun ne remettait en cause l’étatisme. Le monopole des étatistes est maintenu en gonflant les moindres différences entre les programmes pour maintenir le monopole des étatistes au pouvoir.

Les bourgeois, classe supérieure, recherchaient ce que recherche toute élite : la stabilité sociale, l’exercice du pouvoir paisible, un climat social violemment hostile à l’idée d’un pouvoir alternatif.

La classe inférieure était les travailleurs.

étatisme (selon les auteurs, dans les netocrates 2) : idéologie politique souveraine du paradigme capitaliste dont le conservatisme, le libéralisme et le socialisme sont des variantes proches. L’ensemble de ces pensées politiques prend sa source dans le concept d’État-nation comme principe d’organisation institutionnelle de et centre de pouvoir (jacobinisme).

Comment les structures de pouvoir s’imposaient ?

Les auteurs traduisent ainsi le message que nous renvoyait l’ère capitaliste : les structures de l’Etat sont les meilleures qui soient et cela pour toujours, on ne peut pas les remettre en question. Le changement politique et les alternatives risquaient de faire perdre un niveau de vie, il engendrerait le chaos et le possible règne de la populasse (évidemment à craindre).

Mais comment faire passer ce message ?

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« Les journaux ont créé les conversations publiques coordonnées où il est possible de préprogrammer les bonnes opinions » Jean-Gabriel Tarde (1843 – 1904)

L’opinion publique devait donc être constamment entretenue par l’information. Une des stratégies a été d’utiliser des experts en relation publique, dirigeant l’opinion publique. Ils ne déformaient pas les reportages, mais s’assuraient que la réalité soit pré déformée pour le reportage, par exemple.
Pour citer des exemples passés, rappelons-nous de la période Sarkozy ou le public était, lors des apparitions publiques, choisi en fonction de sa taille (surtout pas plus grand que lui) ; ou encore composé d’un public de fans (de son parti politique) et donc forcément hautement enthousiaste malgré une côte de popularité au plus bas.

L’autre technique de l’ère capitaliste était d’utiliser une propagande exprimée de manière pédagogique. Le but était précisément d’éduquer le citoyen à devenir son propre policier moral.

« Personne n’est assez mince, assez beau, assez bien habillé pour être laissé en paix et éviter les incitations répétées à devenir meilleur » les netocrates

Les structures de pouvoir utilisant la fiction Homme n’étaient pas uniquement l’Etat et le parlement, mais bien tous les organismes capitalistes. Ainsi, il fallait perpétuellement distiller la haine de soi afin que la classe inférieure se soigne par l’hyperconsommation.

Concernant le travail, la tâche incombant à la classe inférieure des travailleurs consistait à être productif en toute circonstance : c’était là, la définition même d’un humain prospère. La fiction Homme, rappelons-le, devait forcer (en l’esprit de chacun)(«dans l’esprit de tous» ou «de quiconque» pour éviter la répétition de chacun chacun de ses travailleurs à devenir parfait, notamment pour son entreprise. Les parias étaient ceux ne se normalisant pas d’après cet idéal fictionnel.

Le capitaliste devait maximiser les profits pour nourrir son identité individuelle et garder son pouvoir sur autrui. Toute activité qui n’était pas enregistrée, mesurée en termes économiques, générait l’hostilité du capitaliste qui y perdait la main mise : il ne pouvait pas enregistrer l’activité, la quantifier ni la taxer. Elle avait donc une valeur nulle, alors il a vite fallu transformer des activités qui n’étaient pas systématiquement salariées (comme la garde des enfants par exemple) en contrats.

Le droit de grève permettait aux capitalistes de maximiser les profits : les grèves servaient d’indicateurs des conditions et des salaires. Il suffisait de fixer ceux-ci juste au-dessus du seuil critique afin d’ajourner toute rébellion. Ainsi, le travailleur se sentait respecté : il avait le droit de se rebeller, mais le cadre étant restreint, les structures de pouvoir se maintenaient et la classe inférieure restait inférieure tout en permettant de maximiser leur profit (donc d’acquérir encore plus de pouvoir).

Pour pacifier le travailleur, les capitalistes lui permettaient de faire des alliances, de s’élever. Son auto-développement canalisait son énergie à sa seule personne. Tout comme au temps de la féodalité, mais avec d’autres modalités, on faisait taire la rébellion en la faisant accéder à un statut supérieur.

Pour conclure, on peut constater le verrouillage de ce système qui maintient toujours les inférieurs à leur place et la classe supérieure toujours supérieure. C’est plus subtil et sans doute moins violent que la féodalité, mais les structures de bases et les stratégies se ressemblent fortement. La fiction est maintenue par tous les moyens : en manipulant l’opinion, en la faisant passer pour vérité universelle, en culpabilisant l’individu de ne pas être à sa hauteur (le système étant tellement rodé que les autres individus ne manquent pas de le rappeler aux autres, en alliance inconsciente avec les Etats et les corporations ou les médias), en l’éduquant sans cesse à être son propre policier moral (et donc à s’auto inculquer les règles et punitions liées à cette fiction), en cloisonnant l’imagination (on ne peut pas inventer d’autres concepts que l’Etat), en lui faisant peur (du changement, de la différence, de l’étranger, de la foule), en lui faisant croire que tout est possible, qu’il est libre (avec le droit de grève, le droit de vote…). N’allez pas imaginer une assemblée de complotistes illuminatis qui alimentent en secret cette fiction dans des lieux secrets tenus par les franc-maçons ou par la confrérie des Poneys : la fiction est si bien pensée qu’elle s’alimente d’elle-même, que tous lui portent foi, que tous pensent que c’est la bonne chose à faire. Évidemment, surtout les puissants, car ils ont tout à gagner à ce que le monde ne change pas.

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