Du capitalisme à l’informationnalisme

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« s’informer c’est tenter de synchroniser ce qui se passe sous votre crâne et la réalité du monde extérieur » [les netocrates]

Pour expliquer l’importance fondamentale de l’information (qui nous mènera ensuite à l’informationnalisme), les auteurs prennent différents exemples frappants :
Celui du soldat japonais, qui faute d’avoir pu communiquer avec autrui, faute d’avoir eu l’information essentielle, avait continué la guerre des années après qu’elle se soit arrêtée.
L’autre exemple est celui d’un chef inca : Francisco Pizarro capture un chef inca avec 168 hommes contre une armée de plus de 80 000 soldats. Les Incas ne connaissaient rien de leurs hôtes alors que les Espagnols étaient très bien informés.

Chaque échec prouve alors une défaillance dans l’information :

« nous n’avons pas été aussi bien informés que nous le pensions ou l’espérions. Le décalage entre notre perception de la réalité et cette des autres, entre nos fictions personnelles et la réalité était trop important » les netocrates

Nos pensées sont guidées par les informations auxquelles nous avons accès, ces informations dictent un champ défini d’actions et de pensées, comme le prouve l’exemple du soldat japonais : l’information de la fin de la guerre a radicalement changé sa vie, et c’est encore plus flagrant avec l’exemple des Incas. Ne connaissant pas leurs ennemis, leurs pratiques – donc des manques extrêmement importants d’informations – ils ont été complément déstabilisés malgré leur supériorité numérique écrasante.

Pour revenir sur la féodalité, le paradigme fermé autour de la fiction de Dieu enfermait la population dans un cadre. Cadre qui était tenu par les structures de pouvoir instauré et découlant de cette fiction Dieu. Autrement dit, les informations dont disposait la population ne pouvaient que les contraindre à agir dans cette fiction, selon les dictats des différentes structures de pouvoir. Ils ne pouvaient pas imaginer autre chose tant que de nouvelles informations ne venaient pas chambouler leur paradigme, tout comme le soldat japonais ne pouvait que continuer à faire la guerre tant qu’il n’était pas informé de sa fin.

Et les nouvelles informations arrivent par de nouvelles technologies. Comme l’écriture amorça la féodalité, comme l’imprimerie renversa la féodalité pour amorcer le capitalisme, c’est aujourd’hui Internet qui renverse le capitalisme.

La technologie entraîne de nouveaux mots et plus important encore, les anciens termes prennent de nouvelles significations. Quand le langage change, la pensée change : les concepts de base tels que la connaissance et la vérité sont redéfinis, les perceptions sociétales à propos de ce qui est important ou pas sont reprogrammées, cela définit ce qui est réel ou non et la réalité adopte de nouvelles expressions.
Et le paradigme change.
Et la fiction change.

La prise de pouvoir des médias

Si nous n’avons pas abordé (ou peu) les médias dans le précédent chapitre c’est parce qu’ils ont déjà amorcé le changement de paradigme, bien avant qu’Internet commence son travail sur les esprits.

« La médiatisation générale est le signe caractéristique d’une société sur le point de passer du capitalisme à l’informationnalisme. » les netocrates

Si les médias étaient auparavant fortement influencés par les Etats et donc le paradigme capitaliste, la donne a changé progressivement : commissaire de la scène politique, ils ont gagné le pouvoir et se sont mis à dicter les règles progressivement. L’homme politique, à travers leur regard, devint une cible à détruire, à abîmer ; une cible source d’amusement, un jouet à travers lequel il pouvait faire leur spectacle, selon leurs désirs et ceux des téléspectateurs.

Un événement politique non relayé devint un non-événement ; le concept de « bonne image médiatique » que se devait d’avoir tout homme politique montre à quel point les médias dirigeaient et redirigeaient le script. L’intérêt était d’exposer la dramaturgie médiatique, les sujets sérieux furent marginalisés et la capacité à s’exposer médiatiquement devint la clef du succès politique.

La donne s’était donc bien renversée : c’étaient les médias, leurs désirs, leurs différentes volontés qui dictaient la conduite à avoir aux hommes politiques ; c’étaient les médias qui les lyncheraient et les excluraient de la scène politique ou du moins entraveraient toute percée significative.

En cela, les auteurs déclament les médias en accord avec le principe netocratique : ils maîtrisent l’information et en font une puissance qui influence les différents pouvoirs en place.
Les auteurs rappellent néanmoins qu’il est toujours correct de voir la presse et l’information comme une arme, mais il est aussi important de garder un œil sur le doigt qui tient la gâchette et sur les intérêts cachés derrière la main qui tient le pistolet.

Le changement  ?

Les signes ne trompent pas, il devient évident aux auteurs qu’un nouveau paradigme se profile, le paradigme capitaliste étant en crise à tous les niveaux :
l’idée de nation s’est effondrée, les peuples ne sont plus prêts à se sacrifier pour elle ; des secteurs, des empires s’effondrent  ; il y a des changements révolutionnaires dans le monde du travail affectant la sécurité de l’emploi, la promotion automatique ou l’organisation hiérarchique ; il y a un désintérêt de la population pour la politique (pour les auteurs, il ne s’agit pas d’une perte de confiance en la politique, mais plutôt un souci croissant face à l’impuissance augmentant des politiques) ; les réseaux d’intérêts privés (certaines entreprises et certains médias) ont gagné en puissance (grâce à la technologie) et leur capacité à exercer une pression politique s’assimile à une prise de pourvoir au contrôle réel du processus politique (VoX pense ici à Google qui s’étant manifesté contre les projets de la WCIT a sans doute eu un fort poids sur le fait que la France refuse de signer le traité ; mais les exemples d’entreprises licenciant à tout va et se foutant des injonctions gouvernementales est aussi révélateur, voire plus).

Rajoutons à cela tous les mouvements de protestations, les indignés, occupy, Anonymous, etc… révélant cette crise et les problèmes affectant toutes les sociétés (même celles «en paix»), de ce système dans l’incapacité de les résoudre (ou, plutôt, qui ne souhaite pas s’occuper de ces problématiques), du réveil des 99% contre les 1%, de la révélation de la fiction capitaliste et ces injustices . Le peuple se lève. Le changement est déjà en marche, mais certainement pas sur les trônes…

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